Quand j’ai lancé ce projet, je ne m’attendais pas à autant d’engouement, pas non plus à des messages aussi virulents à mon égard. On m’a accusé de mille choses : entre la destruction à moi toute seule de la couche d’ozone et donc l’extermination des pingouins (regardez les photos de l’Antarctique, il n’a pas l’air de trop m’en vouloir le pingouin…) et la volonté cachée de passer pour une championne que je ne suis pas j’ai vraiment tout entendu. Je ne suis qu’une coureuse ordinaire qui n’a jamais eu des prétentions autres que les siennes à savoir se faire plaisir en parcourant le monde. Rien de plus… Aucun exploit sportif dans ce que j’ai fait, tout coureur un peu aguerri le sait très bien. Combien sont-ils en France à courir 10 fois plus que moi et surtout 10 fois plus vite que moi ? Mon ambition est ailleurs. Pour moi le principal c’est que j’ai pu faire un peu rêver les gens, donner envie à des personnes de se lancer que ce soit sur marathon ou sur toute autre course. Et moi dans tout ça ? Qu’ai-je retenu de ce tour du monde ? Il me sera difficile de condenser ces 80 jours en quelques mots bien sur. Alors je vais juste me contenter de quelques images qui me reviennent…

Marathon d’Orlando : Un merveilleux moment en famille avant tout, la plage de Daytona, les motards sans casque à fond sur les autoroutes, les médailles tellement extraordinaires, cet hymne américain à me donner des frissons rien qu’à y repenser, cette américaine avec son bébé dans les bras suçotant sa médaille avec bonheur, Epcot, la surprise de la chanson de Barbie juste au moment où je commençais à aller un peu moins bien…

Marathon de Marrakech : Les copains d’abord… la beauté de l’Atlas, à la recherche du soutien gorge perdu, des litres et des litres de thé vert avalés face à un feu de cheminé, la douleur mêlée de bonheur en passant la ligne d’arrivée avec Olivier qui ne m’a pas lâché, les larmes de Thierry, le sourire de coureurs m’ayant attendu pour me rencontrer sur la ligne d’arrivée, la flamme de Momo de Planet Tour m’expliquant qu’il serait temps de me mettre à vraiment courir, la confirmation qu’Eric est vraiment ce qu’on appelle « un type bien »…

Marathon de Tahiti : Mon préféré j’en ai bien peur ! La chaleur sur le tarmac de l’aéroport qui vous tombe dessus, le réveil au petit matin décalage horaire oblige et le lever du soleil sur le lagon, la pluie sur la bateau allant à Mooréa, Patrick et nos discussions dans ce fameux lagon qui n’ont pas calmé mes velléités de coureuse autour du monde, Arnaud rencontré sur la ligne de départ qui a du s’acheter un lecteur MP3 pour remplacer mon bruit, la brûlure du soleil pendant la course, et celle plus agréable sur la bateau à la rencontre des requins et des raies.

Marathon de Puerto Montt : Celui que je craignais le plus… et finalement mon meilleur temps, va comprendre ! Le stress du départ, Nicolas et sa gentillesse, les ravitaillements réduits à leur plus simple expression, une table de camping, quelques bouteilles mais des bénévoles souriants, ce baptême sur la plage qui méritait vraiment les quelques minutes perdues, cette arrivée à la Paula Radciffle qui m’a presque fait regretter de ne pas courir vite histoire de pouvoir revivre ça un jour, ce caillou sur la route qui a donné une tournure douloureuse à mon tour du monde.

Marathon de l’Antarctique : Celui pour lequel tout a commencé… Les retrouvailles avec Patrick le paréo en moins, la doudoune en plus ! Des rencontres, des visages à jamais gravés dans ma mémoire. Lisa, devenue en quelques secondes une amie, Susan sa coloc et notre journée « without bra » après le marathon (sans soutif pour ceux qui ne parleraient pas anglais, pour une fois que j’avais le droit, je n’allais pas me gêner !), Dale et sa roue sur la ligne d’arrivée pour fêter dignement son premier marathon, Mark alias Superman, mes amis anglais et nos soirées « jumping » au bar, le regard désespéré de Maxime le barman québécois qui se désespérait de nous voir rejoindre un jour nos cabines pour dormir. La découverte que j’ai bien du sang de corsaire dans les veines et que le cap horn même pas peur… Cette phrase de Chris, jeune militaire américain qui va repartir en Irak pour sa dernière mission dans quelques semaines à qui je demandais : « mais pourquoi l’armée ? », « parce que j’avais 17 ans… ». Les bruits de l’Antarctique qu’aucune vidéo ne pourra rendre, le souffle des baleines, le bruit terrible de la glace qui se détache et se fracasse dans la mer et la voix de Ruppert dans le micro qui m’a réveillé pendant ces 10 jours passés à bord.

Marathon de Tokyo : Je n’ai pas peur de le dire, ma déception… Je ne peux pas expliquer pourquoi mais je ne suis pas rentrée dans cette ville, dans cette course. La fatigue y est sûrement pour beaucoup, une trop grande attente aussi je pense. Mais je retiendrais le sourire d’Isabelle, l’accueil de Gérard, représentant de Planet Tours qui nous a bichonnés, ce japonais déguisé en ballerine du lac des Cygnes, l’équipe CLM et les sauterelles, un des dîners les plus drôles que j’ai pu faire avec Emile même si aujourd’hui encore je ne préfère pas savoir ce que j’ai bien pu manger et la business class d’Air France bien sur !

Marathon de Paris : De nouveau le marathon des copains ! J’ai passé plus de temps à jeter des confettis qu’à courir… la fatigue évidente, l’inquiétude de voir si ma cheville allait tenir ou non, la course du petit déjeuner avec Nadom et son sourire le lendemain pendant le marathon, le courage des filles de CAF pour leur premier marathon, ma Mireille venue spécialement pour moi du sud de la France et son mari bien sur, mes zébulons d’accompagnateurs quelque peu vexant dans leur aisance, les 4 bouteilles d’eau tendues à chaque ravito, j’aurais pu prendre une douche ! La liqueur de poire au 15° pas vraiment l’idéal pour la perf., mon inquiétude de savoir Ken seul sur le parcours et ma déception de n’avoir pu finir mon tour du monde avec lui. Et surtout mon désir irrépressible de rentrer chez moi dès la fin de la course, l’envie de rentrer à la maison retrouver ma famille.

Ce que je retiens de mon tour du monde ce sont tous ces visages, ces rencontres qui font tout l’intérêt d’un voyage comme celui là. Pour une fois j’ai pris des tonnes de photos pour garder des souvenirs, pour pouvoir replonger dedans pour ne pas oublier. J’ai la chance d’avoir pu réaliser ce que peu de gens ne feront jamais pendant toute une vie et je ne veux pas l’oublier. J’espère sincèrement avoir pu vous transmettre à travers mes récits et mes photos un peu de mon rêve en espérant que cela vous donnera vous aussi envie de réaliser les vôtres. Allez y n’hésitez pas, lancez vous ! Je reprendrais à ma façon la phrase lue sur les tee shirts d’américains en Antarctique avec moi : « le miracle ce n’est pas de réaliser son rêve, le miracle c’est d’avoir eu le courage de se décider».

A tous ceux qui me demandent « et maintenant tu fais quoi ? », je répondrais déjà ceci : « laissez moi savourer ! ». On m’a donné une autre idée : le pole nord, histoire d’être la première française à avoir couru un marathon sur les 6 continents et les 2 pôles. Avouez que l’idée est tentante… Plus sérieusement, comme je l’ai déjà plus ou moins annoncé, je compte vraiment maintenant me consacrer aux ultras pour un jour pouvoir courir la Badwater avec Ken à mes côtés en chef assistant. Ce n’est pas gagné parce qu’il commence déjà à me demander s’il va vraiment être obligé de rouler à ma vitesse… Donc rassurez vous, je ne raccroche pas mes baskets et surtout je ne range pas mon clavier !

Je remercie bien sur mes sponsors et surtout ma famille : mes enfants pour leur patience, mes beaux parents pour avoir eu le courage d’emmener toute la tribu à la Montagne, ma mère pour ce mois de mars passé à la maison alors que j’étais avec les pingouins et les sumos et bien sur mon mari sans qui tout cela n’aurait pas été possible. Quand on dit que la course à pied est un sport individuel, ce tour du monde m’a prouvé le contraire ! Autre point positif : mon petit dernier sait compter jusqu’à 7 maintenant !

En conclusion je vous dirais quelque chose d’une banalité affligeante mais qui est pourtant ce que je ressens : il faut parfois partir bien loin pour réaliser que son rêve est là, juste à côté de soi et qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour le voir.